Édito
Déclaré inéligible pour un an en juillet 2025, Stéphane Vojetta a passé cette année comme collaborateur parlementaire de Nathalie Coggia, sa suppléante élue à sa place. Rien d’illégal. Mais pour les Français du Portugal, une question s’impose : qui exerce vraiment le mandat ?
Le 11 juillet 2025, le Conseil constitutionnel déclare Stéphane Vojetta inéligible pour un an et démissionnaire d’office de son mandat de député des Français d’Espagne, du Portugal, d’Andorre et de Monaco. Trois mois plus tard, sa suppléante, Nathalie Coggia, est élue à sa place. Et dans l’équipe de la nouvelle députée figure, parmi ses collaborateurs parlementaires, l’ancien député lui-même. Rien d’illégal. Tout de même un problème : depuis un an, les électeurs de la cinquième circonscription sont en droit de se demander qui siège vraiment pour eux.
Une sanction qui n’a duré que sur le papier
Le motif de l’inéligibilité n’a rien d’anodin. Le Conseil constitutionnel a constaté que 37 % des dépenses de campagne de Stéphane Vojetta avaient été réglées sans passer par le compte unique de son mandataire financier, et il a retenu le « caractère substantiel de la règle ainsi méconnue ». L’intéressé a plaidé les lenteurs d’une banque, puis saisi la Cour européenne des droits de l’homme. C’est son droit.
Mais l’inéligibilité a un sens : elle écarte pendant un temps un élu de la fonction qu’il exerçait. Or, pendant cette année, Stéphane Vojetta n’a pas quitté la scène. Il a soutenu la campagne de sa suppléante et en a fait partie : « Mon équipe de campagne est composée de Stéphane Vojetta et d’une partie de ses anciens collaborateurs à Lisbonne, Madrid et Barcelone », expliquait-elle le 5 octobre 2025. Au lendemain de son élection, Nathalie Coggia annonçait sans détour qu’il serait « l’un de mes collaborateurs, probablement plus concentré sur le travail parlementaire ». Sa déclaration d’intérêts à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, modifiée le 9 avril 2026, le confirme : il figure parmi ses six collaborateurs.
La loi n’interdit pas à un élu inéligible de travailler pour un député. Elle n’avait sans doute pas imaginé qu’il le ferait pour celle qui occupe son ancien siège, sur ses anciens dossiers, avec son ancienne équipe. On respecte la lettre. On joue avec l’esprit.
Une députée élue, un député en coulisses
Nathalie Coggia n’est pas une inconnue : suppléante de Stéphane Vojetta depuis 2022, elle connaît la circonscription. Mais en choisissant de placer au cœur de son travail parlementaire l’homme que le juge électoral venait d’écarter, elle a elle-même brouillé la frontière. Lorsqu’un texte est préparé, un amendement rédigé, un dossier suivi, qui en est l’auteur ? La députée qui le signe, ou le collaborateur « concentré sur le travail parlementaire » qui l’a suivi pendant quatre ans ?
Les Français du Portugal ont élu une députée. Ils ont le droit de savoir que c’est bien elle qui exerce le mandat, et non un tandem dont l’un des membres était, par décision de justice, privé du droit de se présenter à leurs suffrages.
Sur les réseaux sociaux, deux députés pour un seul siège
La confusion ne s’arrête pas aux portes du bureau. Le 6 octobre 2026, nous avons consulté les pages publiques des deux intéressés. Sur Facebook, la page de Nathalie Coggia la présente comme « députée de la 5e circonscription des Français de l’étranger ». C’est exact. La page de Stéphane Vojetta, vérifiée par Facebook, le présente toujours comme « député de la 5e circonscription ». C’était exact il y a quinze mois.
Sur TikTok, le même jour, les deux comptes se présentaient l’un et l’autre comme député de la 5e circonscription. Une circonscription, un siège, deux titulaires affichés : l’électeur qui fait défiler son fil a de quoi hésiter, et l’on comprend qu’il se demande, lui aussi, qui est son député.
On objectera qu’une page Facebook ne se renomme pas aisément. C’est vrai. On peut toutefois la fermer et en ouvrir une autre : rien de tel n’a été fait. Sur TikTok, l’objection ne tient même pas : un intitulé s’y modifie en une minute. Quinze mois après la décision du Conseil constitutionnel, cette minute reste à trouver. Un titre de député n’est pas une ligne de biographie que l’on garde par commodité : c’est une qualité que les électeurs confèrent, et que le juge peut retirer.
Ce que la fin de l’inéligibilité ne règle pas
Depuis juillet 2026, Stéphane Vojetta est de nouveau éligible, et il a dit vouloir se représenter en 2027. Le délai est écoulé, la question demeure. Une sanction électorale n’est pas une simple parenthèse administrative que l’on traverse en changeant de fauteuil dans le même bureau. Si l’inéligibilité peut se vivre comme un congé passé au service de sa propre suppléante, elle ne protège plus grand-chose : ni l’électeur, ni la règle, ni la confiance.
Nous ne demandons à personne de disparaître. Nous demandons de la clarté. Que Nathalie Coggia dise publiquement quel rôle exact Stéphane Vojetta a tenu dans son équipe pendant son inéligibilité, et lequel il y tient aujourd’hui. Et que, en 2027, les électeurs de la cinquième circonscription sachent enfin pour qui ils votent : la personne dont le nom figure sur le bulletin, ou celle qui se tient derrière.
Constats faits par ADAP le 6 octobre 2026 sur Facebook et TikTok. Les autres réseaux sociaux restent à vérifier.
François Wilman, ADAP — Accueil au Portugal
Sources
- Conseil constitutionnel, décision n° 2025-6566 AN du 11 juillet 2025
- Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, fiche de Nathalie Coggia
- Lepetitjournal.com Madrid, « Nathalie Coggia : Je serai la députée de toutes et tous », 14 octobre 2025
- Lepetitjournal.com Madrid, « Nathalie Coggia : Je continue à souhaiter une grande coalition républicaine », 5 octobre 2025
- Equinox, « Le député Stéphane Vojetta inéligible : ce que l'on sait », 11 juillet 2025
- Equinox, « L'ancien député Stéphane Vojetta attaque la France en justice », 9 octobre 2025
- Franceinfo, législative partielle de la 5e circonscription des Français de l'étranger
Dernière mise à jour : 06/10/2026
Article rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle, relu, modifié et validé par François Wilman.
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