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🔵 Autre 👤 Nathalie Coggia

Déjeuner de travail à Lisbonne du 18 juin 2026

Trois textes sur un déjeuner de travail entre la députée Nathalie Coggia et deux des cinq conseillers des Français de l’étranger élus le 31 mai 2026 au Portugal, à l’exclusion des trois autres.

François Wilman 08/07/2026
Édito

Déjeuner de travail à Lisbonne : Madame la Députée n'a invité que son camp.

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Jeudi dernier, notre députée de la 5ème circonscription des Français de l’étranger, Nathalie Coggia, a publié sur sa page Facebook un compte-rendu fleuve de sa journée lisboète : Alliance Française, école Redbridge, réunion au 17.45 Lisboa… Un programme chargé, généreusement documenté, comme il se doit pour toute communication d’élue qui se respecte.

Un passage retient particulièrement notre attention. Madame la Députée y raconte avoir partagé un déjeuner de travail avec Laurent Goater et Françoise Feunteun Conestabile, tous deux « récemment réélus conseillers des Français de l’étranger ». Un tête-à-tête cordial pour évoquer les grands enjeux de notre communauté : tournées consulaires, carte de résident, lycée français, consuls honoraires. Le service après-vente électoral, en somme.

Sauf qu’il manque du monde à table.

Un léger oubli de trois convives

Le 31 mai dernier, ce ne sont pas deux mais cinq conseillers des Français de l’étranger qui ont été élus au Portugal. Outre MM. Goater et Mme Conestabile (« Français du Portugal – Union de centre-droit »), la circonscription a également porté aux urnes Nicolas Chamoux (Rassemblement des Patriotes), Stéphane Fanucchi (Agissons ensemble — devenu depuis président du conseil consulaire) et Inès Loukili (liste de gauche de rupture sociale, écologiste et solidaire).

Cinq élus. Un déjeuner à deux invités. La règle de trois n’est visiblement pas la spécialité de tout le monde à l’Assemblée nationale.

Et le plus savoureux, c’est que l’arithmétique électorale ne joue pas vraiment en faveur du duo convié. La liste Goater, pourtant arrivée en tête, n’a recueilli que 30,4 % des suffrages exprimés — contre 36 % en 2021. Une érosion suffisamment nette pour que M. Goater, après onze ans passés à la présidence du conseil consulaire, finisse par céder son fauteuil à M. Fanucchi. Précisons la chronologie, pour être honnête jusqu’au bout : au moment du déjeuner, le jeudi 18 juin, l’élection des conseillers avait bien eu lieu (le 31 mai), mais le premier conseil consulaire — celui qui désigne le président — ne s’était pas encore tenu. M. Goater restait donc, à cette date précise, le président sortant, sans doute assez confiant sur sa reconduction. Ce qui n’enlève rien au fond du problème : que la présidence ait basculé avant ou après ce déjeuner, les deux convives choisis par Madame la Députée représentaient déjà, le 18 juin, une liste minoritaire en voix comme en sièges. Rien de tel qu’un bon déjeuner pour se rassurer, même provisoirement.

Le hasard fait bien les choses (ou pas)

On pourrait, avec beaucoup de bienveillance, imaginer qu’il s’agit d’un simple agenda serré, d’un emploi du temps qui n’a pas permis de convier tout le monde. Après tout, une journée à Lisbonne, ça se remplit vite entre Alliance Française et école homologuée AEFE.

Mais soyons honnêtes : difficile de croire au hasard quand les deux personnes conviées appartiennent précisément à la sensibilité politique de Madame la Députée — celle du bloc central, plutôt que celle du RN, des écologistes ou de la gauche, pourtant toutes trois représentées au conseil consulaire par des élus tout aussi légitimes, tout aussi récemment plébiscités par les électeurs français du Portugal.

Si Mme Coggia a effectivement échangé avec MM. Chamoux et Fanucchi et Mme Loukili au cours de son déplacement, il serait bienvenu qu’elle le précise — ne serait-ce que pour couper court à l’hypothèse la plus taquine : celle d’une députée qui ne déjeune qu’avec les gens qui pensent comme elle, et qui laisse le reste du conseil consulaire à la cantine.

Parce qu’à ADAP, on a une conviction simple : la représentation des Français du Portugal ne se limite pas à 30 % d’entre eux, aussi sympathiques et aussi bien élus soient-ils. Les 70 % restants ont, eux aussi, gagné le droit à un couvert.

— François Wilman

François Wilman 09/07/2026
Réponse

Réponse de Madame Nathalie Coggia en commentaire de son propre post, justifiant l'invitation par la présidence supposée du conseil consulaire de Monsieur Laurent Goater.

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Madame la Députée m’a fait l’honneur de répondre à mon précédent édito, en commentaire de son propre post — je l’en remercie, c’est plus qu’elle n’en devait. Elle y ouvre d’ailleurs avec une amabilité : « Monsieur Wilman, je constate que vous suivez avec intérêt les actions de mon mandat et que vous êtes un fidèle lecteur de mes publications sur les réseaux sociaux. »

Que Madame la Députée se rassure : je suis effectivement, avec un très grand intérêt, les actions de son mandat. Je suis ses publications Facebook, certes, mais je suis surtout — et c’est nettement plus instructif — ses votes à l’Assemblée nationale. Si elle espère trouver en moi un lecteur qui applaudit chaque photo de déplacement en circonscription, elle se trompe de correspondant. Un « béni-oui-oui », ce ne sera pas moi.

Le président qui n’existait pas encore

Venons-en au fond. Mme Coggia écrit : « S’agissant du déjeuner du 18 juin, M. Goater était effectivement encore à cette date à la tête du Conseil consulaire. Il était donc naturel d’échanger avec le Président du Conseil consulaire sur les sujets transversaux. »

C’est une affirmation commode. C’est aussi, en l’état des textes, une affirmation qui ne repose sur rien de solide. La loi du 22 juillet 2013 et le décret du 18 février 2014 sont clairs sur un point : le président du conseil consulaire est élu par ses pairs à la première réunion du conseil consulaire suivant l’élection. Or cette première réunion, Mme Coggia le précise elle-même dans sa réponse, s’est tenue le 23 juin 2026 — cinq jours après son déjeuner à Lisbonne.

Autrement dit : le 18 juin, il n’y avait pas de président du conseil consulaire élu au titre du nouveau mandat. M. Goater était un conseiller réélu, comme quatre autres personnes ce jour-là. Rien de plus, rien de moins. Aucun texte ne prévoit qu’un président sortant continue d’exercer ce titre entre deux mandats — Mme Coggia est libre de nous indiquer lequel, si elle en connaît un que nos recherches auraient manqué. En attendant, affirmer que M. Goater « était effectivement encore à cette date à la tête du Conseil consulaire » relève moins du fait que de l’anticipation — la sienne, sans doute, plus que celle des textes.

Et Madame Conestabile, alors ?

Mais admettons, un instant, par charité, que Mme Coggia ait raison sur ce point de calendrier. Il resterait une question à laquelle sa réponse ne répond justement pas : à quel titre Françoise Feunteun Conestabile était-elle, elle aussi, à ce déjeuner ?

Il n’y avait qu’un seul fauteuil de président ce jour-là, et Mme Coggia elle-même n’en revendique qu’un seul occupant possible. Mme Conestabile n’était ni présidente, ni vice-présidente, ni titulaire d’aucune fonction transversale au sein du conseil consulaire — simplement co-listière de M. Goater sur une liste arrivée en tête avec 30,4 % des voix. Sur les cinq élus du 31 mai, deux ont eu droit à un déjeuner de travail avec leur députée. Les trois autres — Rassemblement des Patriotes, écologistes, gauche de rupture sociale — ont eu droit à un post Facebook qui parle d’eux à la troisième personne.

Mme Coggia conclut sa réponse en assurant qu’elle a « naturellement vocation à être en lien avec l’ensemble des conseiller(e)s des Français de l’étranger élus le 31 mai dernier » et que « des échanges seront prévus, dans le respect du pluralisme issu des urnes ». Fort bien. Nous prenons acte de la promesse, et nous serons au rendez-vous pour vérifier qu’elle sera tenue — de préférence sans attendre le prochain post Facebook pour l’apprendre.

En attendant, les 70 % de Françaises et Français du Portugal qui n’ont voté ni pour M. Goater ni pour Mme Conestabile apprécieront d’avoir dû lire ceci noir sur blanc pour l’obtenir.

— François Wilman

François Wilman 09/07/2026
Complément

Même en accordant toutes les concessions possibles à Mme Coggia sur le calendrier, le choix sélectif de ses deux invités reste injustifié.

Lire le texte complet

Un lecteur nous fait une remarque qui mérite d’être ajoutée au dossier, tant elle résume bien la situation en une phrase : « Elle fait l’âne pour avoir du son. »

Reprenons donc l’exercice, mais en faisant cette fois toutes les concessions possibles à Mme Coggia — pour voir si son argumentaire y survit.

Concession n°1 : admettons que M. Goater était bien président du conseil consulaire le 18 juin. Passons sur le fait que la première réunion du conseil ne s’est tenue que le 23 juin, cinq jours plus tard. Accordons-lui le bénéfice du doute.

Même dans ce cas, il ne reste qu’un seul fauteuil de président. Ce fauteuil, à la rigueur, explique la présence de M. Goater à ce déjeuner. Il n’explique en rien celle de Mme Conestabile, qui n’a jamais occupé la moindre fonction distincte de ses pairs conseillers — ni vice-présidence, ni mission transversale, rien. Sur ce point, aucune concession ne sauve la démonstration : deux convives pour un seul titre à faire valoir, ça reste deux de trop, ou un de trop, selon comment on compte.

Concession n°2 : admettons même que la question de la présidence n’ait aucune importance. Peu importe, après tout, que M. Goater ait été président en titre ce jour-là. Il n’en reste pas moins qu’il vient d’essuyer un net recul électoral, sa liste n’ayant recueilli que 30,4 % des suffrages — contre 36 % en 2021 — et ne représentant, de fait, qu’une minorité des Français du Portugal qui se sont déplacés pour voter.

Qu’un président de conseil consulaire, fût-il légitimement élu par ses pairs, échange avec sa députée sur les grands enjeux de la circonscription, c’est de bonne pratique institutionnelle. Qu’il soit le seul son de cloche entendu par Madame la Députée lors d’un déplacement présenté comme une tournée d’écoute de « notre communauté française au Portugal », c’est une autre affaire : 30 % d’une communauté, ce n’est pas toute la communauté, même avec le plus beau des titres.

Conclusion. Qu’on accorde à Mme Coggia la présidence contestée de M. Goater, qu’on lui accorde même que cette présidence suffise à justifier une invitation — il reste, dans les deux cas, un choix sélectif de ses interlocuteurs, taillé sur mesure pour sa propre sensibilité politique, et aucune pirouette de calendrier ne change ce constat. CQFD, comme dirait notre lecteur.

— François Wilman